07.05.2008
Aimé Césaire,le nègre majuscule
« Va-t-en lui disais-je gueule de flic, gueule de vache,
va-t-en, je déteste les larbins de l’ordre et les hannetons de
l’espérance. Va t’en mauvais grigri, punaise de moinillon »
Je ne crois pas qu’aucun des membres du gouvernement ait jugé utile,
dans leurs hommages appuyés à Aimé Césaire, de citer ces quelques lignes,
qui sont pourtant les premières de son ouvrage le plus célèbre :
« Le Cahiers d’un retour au pays natal ».
L’hommage aux grands morts est un exercice convenu du pouvoir, qui dispose,
à cet effet, de scribes patentés. Un exercice convenu et convenable, dont
on pourrait dire qu’il a pour but de rajouter une louche aux pelletées des fossoyeurs,
afin d’être certain que le grand mort n’ait pas la mauvaise idée de se réveiller.
Cependant, il est des morts qui sont plus difficiles à enterrer que d’autres.
Des morts qui ne cessent pas de se réveiller et de nous réveiller, et parmi eux,
les grands poètes.
Merde, si je continue, je vais moi aussi me fendre de mon hommage à Aimé Césaire !
Imaginez qu’il rapplique et me claque le bec en même temps qu’à la cohorte de
thuriféraires qui se pressent aux portillons de son cercueil, à défaut d’avoir accordé
quelque place à sa pensée, son oeuvre et à sa poésie.
« Va t’en mauvais grigri, punaise de moinillon », que je l’entends déjà nous dire.
Ce à quoi je lui réponds sans sourciller : d’abord, j’ai appris et dit tes poèmes par
coeur bien avant que l’on te conduise à ta dernière demeure, vieille racine.
Ensuite je te le jure sur la tête de tous nos ancêtres communs, je n’ai pas intitulé
cette bafouille que je te lance : « le nègre majuscule », « le nègre fondamental » -
car je me souviens bien, moi, de ce que tu disais dans le « Cahiers d'un Retour au
Pays Natal », que tu n’étais ni le poète d’une race, ni d’un peuple, ni même
d’une cause, mais qu’à travers tes propres racines, c’était bien vers tous les
oiseaux de toutes les couleurs du monde que tu tendais tes branches et ton feuillage.
Aussi vrai qu’au jardin d’Eden tous ces oiseaux-là avaient droit d’asile, ont pris leur vol,
et se renvoient leurs trilles depuis tous les arbres du monde.
petit cheval hors du temps enfuit
bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent
petit cheval
dos cambré que salpêtre le vent
tête basse vers le cri des juments
petit cheval sans nageoire sans mémoire
débris de fin de course et sédition de continents
fier petit cheval têtu d’amours supputées
mal arraché au sifflement des mares
un jour rétif
nous t’enfourcherons
et tu galoperas petit cheval
sans peur
vrai dans le vent le sel et le varech
21:03 Ecrit par kiki dans Les Grands hommes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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